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Le président Bassirou Diomaye Faye, lançant l’initiative « Dundal JOJ », a annoncé au peuple que la Fondation Sénégal Solidaire de ses épouses contribuera aux JOJ à hauteur d’un demi-milliard. 200 000 billets pour les écoles, les associations. Bref, les enfants des quartiers défavorisés afin qu’ils puissent participer à la fête. « La Première dame m’a chargé de vous dire qu’elle contribuera à hauteur de 500 millions à travers la Fondation Sénégal Solidaire. »
Cette phrase fait immédiatement écho à une autre venue de la bouche d’un président de la République, alors en exercice : « Karim, je dirai à ta maman que tu as bien travaillé. » Abdoulaye Wade parlait ainsi à son fils Karim Wade après avoir pris connaissance de l’état d’exécution des chantiers pour l’organisation du sommet de l’OCI. On connaît la suite. Karim Wade s’était retrouvé au cœur de la gestion de l’État, avec un portefeuille ministériel qui lui a valu le surnom de ministre du Ciel et de la Terre.
Dans un article scientifique sur Marième Faye Sall, les chercheurs Ibrahima Sarr et Mouminy Camara rappellent qu’« il n’existe pas un rôle de Première dame, mais des interprétations diverses de sa place, de son statut et de ses tâches ». En acceptant de se faire le porte-parole des Premières dames, le président Bassirou Diomaye Faye ouvre la voie à toutes les interprétations quant au statut et au pouvoir de ses épouses. Il envoie un message aux « généreux donateurs » qui vont penser pouvoir s’appuyer sur l’influence réelle ou supposée des femmes du chef de l’État pour faire avancer un dossier. Une chose est sûre : sa sortie va alimenter les débats sur la place des Premières dames dans le cercle du pouvoir.
En outre, le président Bassirou Diomaye Faye donne du grain à moudre à ses adversaires sur les fonds politiques ou spéciaux. En effet, la fondation a été lancée en avril 2026, soit il y a juste cinq mois. Comment est-ce que cette structure, qui vient à peine de naître, a pu trouver un demi-milliard, rien que pour les JOJ, sans compter les autres initiatives déjà lancées, comme les 53 moulins distribués par Marie Khone Faye dans la région de Fatick ? Surtout dans ce contexte de marasme économique.
À ces questions s’ajoute le timing. Bassirou Diomaye Faye a fait l’annonce dans un contexte où les Sénégalais crient haut et fort leur désarroi face à la vie chère. Son message, qui intervient au lendemain de la marche contre la cherté des prix, sonne comme un mépris vis-à-vis du peuple. Mais c’est peut-être aussi un mauvais signal aux partenaires internationaux qui demandent plus de transparence dans la gestion de l’argent public.
« Ses pouvoirs sont plus étendus que ceux du Premier ministre »
Cette séquence de Bassirou Diomaye Faye rappelle aux Sénégalais un mauvais souvenir qu’on croyait avoir enterré définitivement. En effet, avec l’arrivée de Wade au pouvoir, Karim Wade a été officieusement conseiller de son père pendant les deux premières années. Sa sœur Sindjély, elle, était assistante de Wade et pouvait déjà décider de qui devait être ministre des Sports. Selon Abdou Latif Coulibaly, la fille de Wade a imposé Youssoupha Ndiaye au département des Sports au détriment de Joseph Ndong, qu’elle avait d’ailleurs dédoublé lors de la Coupe du monde en 2002.
Karim, lui, sera nommé officiellement conseiller du président en avril 2003. Dans son livre Wade, un opposant au pouvoir, l’alternance piégée ?, Abdou Latif Coulibaly trouve « sans objet » la précision du communiqué indiquant qu’il n’avait pas rang de ministre. « …ses pouvoirs sont plus étendus que ceux du Premier ministre, car ils ne sont pas constitutionnels. Donc, ils n’ont pas de limites autres que celles tracées par Abdoulaye Wade. »
Le journaliste d’investigation ajoutait que le fils de Wade « croit tenir de ses liens de sang un pouvoir lui autorisant un droit de regard, parfois absolu, sur des secteurs de priorité de l’administration d’État ». Viviane Wade aussi était dedans avec sa fondation. D’où le sentiment d’une gestion monarchique de l’État, au point d’envisager une dévolution avec le fameux ticket du 23 juin.
« Je ne mêle jamais ma famille à la gestion du pays »
Avec le départ de Wade du pouvoir, on croyait ce phénomène révolu, surtout que les deux premiers présidents s’étaient abstenus d’impliquer leur famille dans les affaires de l’État. Mais le désenchantement ne tarde pas à arriver. Avec Macky Sall, on passe de la monarchie à la dynastie : la dynastie Faye-Sall, en référence au nom du roi Fayçal de la dynastie des Saoud en Arabie saoudite.
Trois visages ont incarné cette dynastie : Marième Faye Sall, son frère Mansour Faye et Aliou Sall, le frère du président. La première a usé de toute son influence auprès de son mari. Elle a eu un rôle politique officieux, mais prépondérant, à la fois dans le parti et dans l’État. On se rappelle encore les aveux de Mbagnick Ndiaye, qui disait devoir sa nomination à Marième Faye. Selon Sarr et Camara, sa fondation a été mise au service de l’image de son mari, dont la popularité a été écornée par un ensemble de reniements et la promotion de la transhumance.
L’influence de Marième Faye Sall se mesure surtout à l’envergure prise par son frère, Mansour Faye : « délégué général à la Protection et à la Solidarité nationale (2012-2014), maire de Saint-Louis (depuis 2014), ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement (2014-2019), et ministre du Développement communautaire, de l’Équité sociale et territoriale ». Ce dernier ministère rappelle, à bien des égards, le méga-ministère de Karim Wade. Ce n’est pas pour rien si Mansour Faye était dans le viseur de l’opinion et des autorités actuelles, avant qu’un revirement ne soit opéré à la suite d’une césure politique au sein de Pastef.
Quant à Aliou Sall, il a été accusé de s’être enrichi dans la signature de contrats pétroliers. À la suite de cette polémique, son frère-président avait pris un engagement solennel : « Je ne mêle jamais ma famille à la gestion du pays. Si mon frère a été amené à être cité dans des affaires de sociétés privées, c’est parce que je lui avais justement indiqué très clairement, dès ma prise de fonctions, qu’il ne bénéficierait jamais de ma part d’un décret de nomination, notamment en raison de l’histoire récente du Sénégal et parce que je ne voulais pas être accusé de népotisme. Je lui avais même conseillé, à l’époque, d’essayer de voir dans le privé. » Ce conseil mènera Aliou Sall à la tête de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) avec l’aide d’un décret de son frère, Macky Sall.
Aujourd’hui, c’est Bassirou Diomaye Faye qui relance le débat avec ce message de la Première dame, dont il a été porteur, dans un contexte si particulier.
Auteur: Mbaye Sadikh
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